Junkyard blues (Mani was here)

On vivait dans un trou. Dix stations après la dernière périphérie, dans le cœur d’une ville que le MetroP avait avalée il y a un bail de ça. Tout ce qui était bon avait été pompé jusqu’à la moelle et le reste glavioté dans le désordre. Enfin, j’veux dire, c’était encore plus le foutoir qu’avant, parce qu’ils avaient tout lourdé, les salauds, usines, malls et le reste. Fermeture définitive et congés sans solde.

Tous ceux qui pouvaient se tirer l’avaient fait, ouais. Les petits pavillons des subur’, au bout de leurs pelouses râpeuses comme des vieilles schnecks, ils puaient la pisse des crevards qui passent. Plus personne savait vraiment comment s’était appelé ce bled. Il en restait que de la merde acide où tous les rats comme moi avaient appris à barboter.

On aimait bien fouiller les collines, avant. Bon, c’était rien que des tas de junk, mais c’était bon de retourner tout ça à la perche barbelée et de tomber sur ces petits trésors. Surtout les zélecs dégueulés par les compyuta et les caisses autonomes, et aussi les machins en plastique re/combinable qu’on vendait au souk à ces salopards de Faiseurs. Ça nous payait les pâtes de fruits (et toutes les autres) qu’on allait bouffer dans le bunker. C’était bien.

Des fois, tu te rappelles, on tétait du feu coulant, du qui faisait pas trop “crrr crrr” au renifleur et qui avait même un peu de goût. “Alambic garanti” retapait l’homme. C’est vrai qu’il filait dans la gorge comme un incendie. Et après on était en zag et tu me laissais toucher tes seins, qui étaient beaux et têtus et qui restaient blancs malgré toute la crasse du monde. Et je glissais en toi et tu glissais sur moi, à l’aise. On dansait à marée basse parmi les os des tours. Et c’était bien.

Tu causes guère ces derniers temps. Tu restes assise dans un coin à regarder le soleil avec tes yeux arrondis. C’est une grosse boule sale, ce con de soleil, mais tu rêves en le fixant des heures durant. Ça te fait rien, avec les chouettes lunettes que je t’ai dégotées.

Des fois, je te montre des trucs que j’ai ramenés de plus loin, et j’ai l’impression que ça te plaît. Peut-être même que tu souris. Surtout aujourd’hui. Et c’est bien.

Le jour brille sur ton grand front et une fleur toute blanche a tracé sa route entre tes côtes.

T’as l’air heureuse.

Et c’est bien.

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