Tokyo Monogatari (VIII)

Ayame regardait les corps alignés derrière le verre. Des œuvres de cybernétique figées au stade du prototype, vouées désormais à n’abriter qu’un vide. Cariatides nues, pétrifiées il y a longtemps et oubliées dans cette galerie.

Leurs yeux ouverts sur des iris vagues.  Et rien qui murmure derrière les os.

Elles étaient simplement là, abandonnées aux ombres d’un musée discret de Shinjuku. On les avait immergées dans des cylindres de stase remplis à ras bord d’un nanofluide censé les maintenir en parfait état jusqu’à ce qu’il ne reste plus assez de visiteurs pour s’intéresser à elles.

Ayame les sentait glisser sous son regard comme autant d’enveloppes lisses que tout désir pouvait habiter : volonté de puissance ou d’immortalité, la simple beauté physique, un vague besoin d’humanité ou, peut-être, une réponse à la solitude dans une banlieue morte de Chiba. Quelle que soit votre obsession, le zaïbatsu Shenzeï/Kuroda pouvait toujours modeler sa forme à votre demande. Il ne vous restait plus ensuite qu’à lui inventer un futur.

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