Tokyo Monogatari (VII)

De près – si près qu’il entendait sa respiration égale dans le silence de la nuit – son visage rendu immobile par le froid paraissait constitué de minuscules pixels de givre. Sa peau de poudre brillante avait le craquant de la glace que l’on voit se former au bord des étangs au milieu de l’automne.

La petite demoiselle aux lèvres peintes fit un pas et salua Alex Lukas. Elle devait l’avoir attendu longtemps, plantée au milieu de la rue, le dos tourné à la façade de verre et de bois d’une maison de jeux. L’entrée derrière le noren était plongée dans une obscurité parcourue d’hologrammes sinueux qui évoquaient des profondeurs marines tirées d’estampes. Plus loin et comme plus bas, une lumière pulsait, rose-rouge.

La geisha ne tremblait même pas. Son kimono d’hiver semblait avoir été sculpté sur son corps. Alex s’inclina poliment devant cette femme aux pieds d’enfant qu’il craignait de voir se briser au premier coup de vent. D’un geste mesuré, elle l’invita à entrer.

L’instant d’après elle le devançait à pas réglés, en ne laissant dans la neige nulle trace de son passage.

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